J'ai cliqué Refuser les cookies sur 20 sites québécois. Deux ont vraiment arrêté de me suivre.
Étude terrain sur 20 sites web québécois, chacun testé deux fois. Sur 11, le refus est enregistré puis ignoré : des outils continuent d'envoyer des données à chaque page. Cinq sites n'offrent aucun choix. Et ce n'est pas Google qui continue.
Tu connais le geste. Une bannière de cookie apparaît, tu cliques « Refuser », elle disparaît, tu continues ta visite.
La semaine dernière, j'ai fait ce test 20 fois, sur des sites québécois que tu connais. Puis j'ai regardé ce qui partait quand même.
Sur 20 sites, deux ont réellement tout arrêté. Sur 11 autres, des données de suivi ont continué de partir malgré un refus bien enregistré. Et sur 5, il n'y avait rien à refuser : aucune bannière, aucun choix.
Ce qui m'a le plus surpris n'est pas le décompte. C'est qui continue.
Les résultats
- Le refus arrête tout — 2
- Le refus est respecté, à un décompte anonyme près pour Google — 2
- Des outils continuent de collecter malgré le refus — 11
- Aucune bannière, aucun choix offert — 5
Les deux sites où tout s'arrête sont la SAQ et Argon 18. Chez la SAQ, rien ne se charge avant que le visiteur ait choisi. Deux clics pour tout refuser, puis plus rien : aucun pixel publicitaire, aucune mesure d'audience, aucun témoin.
Desjardins et BKIND arrivent juste derrière. Chez Desjardins, plus aucun témoin de suivi n'est déposé après le refus. Il reste des appels vers Google, marqués « consentement refusé », sans identifiant : un décompte anonyme, pas un profil. Je l'ai classé à part plutôt que de le compter comme une fuite.
Ce que j'ai vraiment appris : Google écoute, les autres non
Voici le motif que je n'attendais pas.
Sur la grande majorité des sites testés, la balise Google respecte le refus. Pas en s'éteignant, en se vidant.
Voici ce qui se passe concrètement. Quand ton visiteur accepte, la balise envoie à Google la page visitée plus un numéro qui identifie ce visiteur. Elle dépose aussi un témoin dans son navigateur, pour le reconnaître à sa prochaine visite. Quand il refuse, elle envoie toujours la page visitée, mais sans le numéro et sans déposer de témoin. Google apprend qu'une visite a eu lieu. Il ne peut pas savoir de qui, ni faire le lien avec quoi que ce soit d'autre.
C'est ce que j'appelle le décompte anonyme dans mon tableau. Google a rendu cette bascule automatique dans ses balises. Ça fonctionne tout seul, sans que personne ait à y toucher.
Ce sont les autres qui continuent.
Le champion, de loin : Microsoft Clarity, l'outil qui enregistre les sessions de visite. Il a continué d'enregistrer sur 6 des sites testés, en reposant ses témoins à chaque page. Ensuite : le pixel TikTok sur 4 sites, celui de Meta sur 2, puis Reddit, Pinterest, Microsoft Advertising, Klaviyo.
La raison est simple. Google a bâti un pont automatique entre les bannières et sa balise. Les autres régies demandent un réglage manuel, outil par outil. Ce réglage n'est presque jamais fait, parce que personne ne vérifie après coup.
Autrement dit : si ta bannière n'a pas été posée par quelqu'un qui connaît tes outils de mesure/tracking, tu es probablement dans le groupe des 11.
Trois façons de rater un refus
1. Le refus qui se mérite
Chez Simons, il n'y a pas de bouton « Refuser » sur la bannière. Deux choix seulement : « Préférences » ou « Accepter ».
La bannière de Simons au premier affichage, le 14 septembre 2026. Pour dire non, il faut passer par « Préférences ».
Derrière ce bouton, quatre catégories à régler une à une. Et le bouton d'enregistrement reste inactif tant que les quatre ne sont pas réglées : « Définir toutes vos préférences à enregistrer et continuer ».
Le panneau de préférences. Quatre « Refuser » à cliquer, puis « Enregistrer et fermer ».
Six clics pour dire non. Un seul pour dire oui.
Une fois le refus enregistré, la balise Google du site le respecte. Les pixels de Reddit puis de Microsoft, eux, continuent d'envoyer chaque page vue.
Chez Lune Active, la bannière n'apparaît qu'après avoir défilé la page. Un visiteur qui clique sur un produit sans défiler ne la verra jamais.
Chez Argon 18, c'est mieux, sans être parfait. Le bouton « Refuser » est bien là, dès le premier écran, en un seul clic.
Un clic pour refuser, un clic pour accepter. Ce qui diffère, c'est le poids visuel : un gros bouton rouge plein d'un côté, un mot souligné de l'autre.
Le nombre de clics n'est donc pas le seul levier. La taille des boutons en est un aussi. Sur les 21 sites que j'ai testés, un seul présentait ses trois choix dans des boutons strictement identiques, au pixel près. J'y reviens plus bas.
2. Le refus qui ne coupe rien
C'est le cas le plus fréquent. C'est aussi le plus facile à corriger.
Chez Oral Science, le bouton « Refuser » enregistre correctement le choix. Rien ne s'arrête pour autant : Google Analytics, deux comptes Google Ads et le pixel TikTok continuent d'envoyer chaque page, exactement comme avant le clic. La bannière fonctionne, mais rien n'est relié à elle.
Chez Kanuk et Earth Rated, le motif est plus sournois : l'accueil respecte le refus, puis tout se rallume dès qu'on ouvre une page de produits, en reposant les témoins qui venaient d'être refusés. Une vérification faite seulement sur l'accueil aurait conclu que tout allait bien.
3. Pas de bannière du tout
Cinq sites n'offrent aucun choix.
Sur La Presse, il n'y a pas de bouton « Refuser » parce qu'il n'y a pas de bannière. Dès l'affichage de la page d'accueil, le pixel Reddit, la mesure Google, Comscore et une dizaine de plateformes d'enchères publicitaires ont déjà reçu la visite.
Chez Kalitec, le cas est plus étrange encore : deux outils de consentement sont installés, tous deux chargés dans la page, aucun des deux n'affiche quoi que ce soit. Le code est là. Le visiteur ne voit rien.
Et chez Bijouterie Italienne, l'inverse : la bannière existe bel et bien, avec un bouton de refus en un clic qui fonctionne. Elle est simplement invisible aux outils de scan automatiques. Une raison de plus de tester à la main.
Comment j'ai testé
Rien de sophistiqué. J'ai refait, sur 20 sites, le geste que ton visiteur fait tous les jours.
Pour chaque site :
- J'ouvre le site dans un navigateur neuf, sans aucun témoin, sans historique, sans extensions, puis je note ce qui part avant que je touche à la bannière.
- Je cherche le refus. Parfois c'est un bouton, parfois il faut ouvrir un panneau de réglages.
- Je refuse, puis je vérifie que le site a bien enregistré mon refus. Un refus mal enregistré fausse tout ce qui suit.
- Je recharge l'accueil, puis je visite une deuxième page, en notant tout ce qui repart vers un autre domaine.
- Je recommence au complet, dans un deuxième navigateur neuf, quelques minutes plus tard.
Un signal vu une seule fois sur les deux passages ne compte pas. Un script publicitaire chargé sans rien envoyer ne compte pas non plus : il dort, c'est différent. Je ne retiens que ce qui transmet des données après le refus.
Je n'émets aucun avis juridique ici. Je ne suis pas avocat. Je rapporte ce que fait un site quand on lui dit non.
Le test sur ton propre site, en 2 minutes
Tu peux refaire exactement ça sur ton site, sans rien installer.
Version simple
- Ouvre ton site dans une fenêtre de navigation privée.
- Clique « Refuser » dans ta bannière.
- Recharge la page, puis visite une page produit ou un article.
- Clique l'icône à gauche de l'adresse du site, puis « Cookies et données de site ».
- Regarde la liste des sites qui ont déposé quelque chose.
Si tu vois `facebook.com`, `doubleclick.net`, `bing.com` ou `tiktok.com` dans cette liste après avoir refusé, un outil publicitaire n'a pas écouté ton refus.
Pourquoi ça compte pour tes campagnes
Ce n'est pas seulement une question de règles. C'est une question de chiffres.
Une bannière mal réglée abîme les données dans les deux sens. Elle laisse passer ce que ton visiteur a refusé, ou elle bloque plus que nécessaire. Dans ce deuxième cas, ta mesure devient aveugle sur une partie de ton trafic. L'algorithme qui place tes enchères décide avec ce qu'il lui reste, puis il sous-finance tes meilleures campagnes sans que rien ne clignote. J'ai raconté ce que ça donne sur un compte réel : une vente sur deux disparue des rapports.
Le consentement n'est pas juste une case à cocher pour être en règle. C'est un réglage de mesure. C'est pour ça qu'il devrait être posé par la personne qui gère tes chiffres, pas seulement par celle qui gère ton site.
FAQ
C'est quoi le GPC dont tout le monde parle?
Le Global Privacy Control est un réglage du navigateur. Le visiteur l'active une fois. Son navigateur dit ensuite « ne me suivez pas » à chaque site qu'il visite, sans qu'il ait à cliquer sur quoi que ce soit. Firefox et Brave l'envoient déjà. Chrome l'a ajouté à sa version d'essai en juillet 2026. Quatre États américains obligent les sites à l'écouter depuis janvier 2026.
Au Québec, rien ne t'y oblige. Et contrairement à ce qu'on lit souvent, tu ne peux pas simplement cocher une case pour l'activer : chez plusieurs fournisseurs de bannières, l'option n'existe que dans la configuration américaine, celle qui répond à la loi californienne. Si tu ne sers que le Québec, elle n'apparaît nulle part dans ton interface. Si tu vends aux États-Unis, elle est probablement là, souvent désactivée par défaut sur les installations déjà en place. Ça vaut la question à ton fournisseur.
Ma bannière vient d'un fournisseur connu. Je suis correct?
Les résultats ci-dessus répondent mieux que moi. Un outil de bannière enregistre un choix. Il n'éteint que ce qu'on lui a présenté. Le pixel collé en dur dans le code il y a trois ans, l'application installée le mois dernier, le module de clavardage qui appelle un réseau publicitaire : rien de tout ça ne passe par lui, sauf si quelqu'un l'y a relié.
Est-ce que je perds mon remarketing?
Sépare tes visiteurs en deux groupes, ça devient simple.
Ceux qui refusent. Tu perds le remarketing sur eux. C'est normal : ils viennent de dire non. Tu ne peux plus les reconnaître ni les recibler ailleurs. Il n'y a rien à récupérer là. Chercher à contourner, c'est exactement ce que l'étude ci-dessus attrape.
Ceux qui acceptent. Tu ne perds rien du tout. Ils restent reconnaissables, reciblables, mesurables, comme avant la bannière.
L'erreur qui coûte cher, c'est de croire qu'on protège les premiers en coupant tout. Beaucoup de sites font ça : au lieu de transmettre le refus à leurs outils, ils empêchent carrément ces outils de se charger. Le résultat, c'est qu'ils perdent les deux groupes en même temps. Ceux qui refusent, forcément. Et ceux qui acceptent, parce que la balise n'est jamais partie.
Il y a même une troisième perte, moins visible. Quand la balise Google reçoit le refus, elle continue d'envoyer son décompte anonyme. Google se sert de ce volume pour estimer ce qu'il ne voit plus. Si tu bloques la balise au complet, il n'a plus rien à estimer. Tu passes d'une mesure incomplète à une mesure aveugle.
Le 21e site, c'était le mien
Je n'allais pas publier ça sans me tester moi-même.
Bonne nouvelle d'abord : sur accolades.marketing, le refus fonctionne. Un clic, puis Google Analytics, Google Ads et mon serveur de mesure cessent tous de recevoir quoi que ce soit. C'est aussi le site dont je parlais plus haut : ses trois boutons font exactement la même taille, 134 pixels sur 40 chacun. Refuser n'y demande ni plus de clics ni plus d'attention qu'accepter.
Ce que je retiens
Une bannière n'est pas une protection. C'est une interface. Ce qui compte, c'est ce qui est relié derrière. Et ça se dégrade tout seul : chaque application ajoutée, chaque pixel collé par un prestataire, chaque refonte remet le compteur à zéro sans prévenir personne.
Fais le test de deux minutes sur ton site. Si tu trouves quelque chose sans savoir quoi en faire, c'est exactement le genre de mandat que je prends : je regarde ce qui part réellement, je te dis quoi corriger, puis je vérifie que ça l'est.