Loi 25 : ta bannière est conforme. Ton tracking, lui, est brisé.
Ta bannière de consentement s'affiche, elle est en français et quelqu'un a coché la case « Loi 25 » dans un tableau quelque part. Depuis que la loi est en vigueur, j'ai regardé ce qui se passe derrière cette bannière sur des comptes québécois. La bannière fonctionne presque toujours. Ce qui se passe une seconde après le clic, presque jamais.
Ta bannière de consentement s'affiche. Elle est en français, elle a un bouton « Refuser » aussi visible que le bouton « Accepter ».
Depuis que la loi 25 est entrée en vigueur, j'ai regardé ce qui se passe derrière cette bannière sur des comptes québécois. La bannière fonctionne presque toujours. Ce qui se passe une seconde après le clic du consentement, presque rien.
Ce n'est pas de la négligence. C'est que la bannière est la seule partie visible. Tu peux la tester en cinq secondes depuis ton téléphone. Ce qui part vers Google et Meta après le clic, personne ne peut le voir sans ouvrir le capot.
La bannière est la seule partie que tout le monde a vérifiée
La conformité s'est jouée en deux temps dans la plupart des entreprises. On a installé un outil de gestion du consentement, on a vérifié qu'il s'affichait et le dossier a été fermé.
Le problème, c'est que l'outil de consentement ne fait qu'une chose : il enregistre un choix. Il ne va pas éteindre tes tags à ta place. La règle « cette personne a refusé, donc on n'envoie rien à Meta » doit être configurée à la main, tag par tag. Ce réglage est invisible, il ne génère aucune alerte quand il cède. Et il cède souvent.
Ce n'est pas seulement une question de données. Aux États-Unis, des cabinets d'avocats se sont fait une spécialité de la chose : ils visitent un site, cliquent « Refuser », observent quels tags continuent de tirer, puis envoient une mise en demeure de 10 000 $ à 50 000 $. Le montant est toujours calculé sous le coût d'un litige, pour pousser au règlement rapide. Le test qu'ils font est exactement celui que personne ne fait chez soi.
Quatre façons d'être conforme à l'écran et faux dans les données
Voici quatre pannes réelles, relevées sur des comptes québécois. Toutes les quatre coexistaient avec une bannière qui s'affichait correctement.
1. Le signal de consentement n'existait pas. Sur un commerce en ligne, Google recevait « consentement accordé » pour 100 % des visiteurs. Pas parce que tout le monde acceptait, mais parce que l'information n'était jamais transmise : en l'absence de signal, tout est compté comme accepté. Le vrai taux, une fois la transmission rétablie, était de 38 %. Le compte pilotait ses enchères sur une population imaginaire depuis des mois.
2. Le pont était cassé dans l'autre sens. Chez une firme de services B2B, les visiteurs qui acceptaient n'étaient pas re-mesurés après leur clic. Le consentement était donné puis jeté. Résultat : une chute d'environ 57 % des événements enregistrés, alors que le trafic réel n'avait pas bougé. L'entreprise a cru pendant des semaines que ses campagnes s'effondraient.
3. Les tags ignoraient le refus. Sur un commerce de détail, la conversion d'achat partait vers Google Ads sans passer par le mécanisme de consentement. Techniquement, les chiffres avaient l'air normaux, meilleurs même que ceux des comptes bien configurés. C'est le scénario le plus dangereux des quatre : non conforme, sans que rien dans les rapports le signale.
4. La bannière arrivait trop tard. Le suivi démarre au chargement de la page, la bannière applique le choix une fraction de seconde plus tard. Le tout premier événement de chaque visite partait donc avant la décision. Comme c'est celui qui transporte la provenance du visiteur, environ 71 % des sessions pourtant consenties arrivaient sans source. Dans les rapports : « non défini ».
Quatre pannes, quatre causes différentes, zéro message d'erreur.
Ce que ça change dans les chiffres que tu regardes
Reprenons le premier cas, parce que c'est celui dont j'ai les chiffres complets.
Taux de consentement réel : 38,1 %, remarquablement stable selon l'usage (mesure des conversions 38,55 %, reciblage 38,28 %, statistiques 38,77 %). Autrement dit, près de deux visiteurs sur trois sont invisibles par défaut.
Le jour où le vrai signal a commencé à partir, les conversions estimées par Google ont monté de 13 %. Rien n'avait changé dans les ventes. Google avait simplement assez d'information pour combler les trous correctement, ce qu'il ne pouvait pas faire quand on lui disait que tout le monde acceptait.
C'est le paradoxe qu'il faut avoir en tête : dire la vérité à Google sur ton consentement te redonne des conversions. Mentir, même involontairement, t'en enlève.
Vérifier ton propre site en 10 minutes
Deux niveaux, selon ton confort technique.
Le test simple. Ouvre ton site dans une fenêtre de navigation privée. Clique « Refuser ». Navigue deux ou trois pages, puis regarde si tes outils (comme Google Analytics) enregistrent quand même ta visite en temps réel. S'ils la voient alors que tu as refusé, tu as ta réponse en une minute.
Le test zéro technique. Pose trois questions à la personne qui gère ton site ou tes campagnes :
- Quel pourcentage de nos visiteurs accepte réellement? Une bonne réponse est un chiffre. « La grande majorité » ou « 100 % » sont tous les deux des drapeaux rouges.
- Est-ce que le refus est appliqué à nos tags ou seulement enregistré dans la bannière?
- Est-ce qu'on envoie le signal de consentement à Google, ou est-ce qu'on ne lui dit rien?
C'est le même réflexe que j'applique quand j'audite mon propre tracking : je ne crois pas un réglage tant que je ne l'ai pas vu partir.
Ce qui reste quand les données tierces s'épuisent
La partie que la conformité ne règle pas, c'est la suite.
Les données que tu loues à des tiers suivent toutes la même courbe. Un nouveau signal apparaît, peu de gens l'exploitent, l'avantage est réel. Puis tout le monde y accède, le signal se sature et l'avantage disparaît. Certaines fenêtres durent six semaines, d'autres six ans, mais la trajectoire ne change pas. La Loi 25 ne fait qu'accélérer la fin de la courbe au Québec.
Les données que tu captes toi-même font l'inverse : elles s'accumulent. Ce que tes concurrents ne peuvent pas acheter, c'est ce que seul toi sais.
Concrètement, pour une entreprise québécoise, ça veut dire envoyer aux plateformes ce que ton site connaît et qu'elles ignorent :
- la marge réelle de chaque commande, pas seulement son montant;
- si l'acheteur est un nouveau client ou un habitué;
- la valeur d'un client sur un an plutôt que sur une transaction;
- pour la génération de leads, quels formulaires sont devenus des contrats.
Aucune de ces données n'est un cookie tiers. Aucune ne dépend d'un fournisseur qui peut changer ses règles. Et toutes exigent la même chose au préalable : une mesure qui fonctionne vraiment, sur du tracking côté serveur correctement configuré. C'est pour ça que la mesure vient avant la stratégie de données et pas l'inverse.
Questions fréquentes
Est-ce que la Loi 25 m'oblige à perdre la moitié de mes données? Non. Elle t'oblige à demander la permission. Ce que tu perds ensuite dépend entièrement de la qualité de ton installation : entre un site qui transmet correctement le consentement et un site qui ne transmet rien, l'écart de conversions mesurées peut dépasser 10 % à trafic identique.
Le mode consentement de Google, ça règle quoi au juste? Il permet à Google de recevoir le refus, donc de faire des estimations pour combler les visites qu'il ne peut plus mesurer. Il ne pose pas ta bannière et ne rend pas ton site conforme. C'est un canal de communication, pas une solution de conformité.
Est-ce que je peux encore faire du remarketing au Québec? Oui, sur les personnes qui ont accepté. Le vrai enjeu n'est pas la légalité, c'est la taille : si seulement 38 % de tes visiteurs consentent, tes audiences fondent de deux tiers et certaines campagnes n'atteignent plus le seuil minimal pour être diffusées.
On a déjà payé pour une bannière. Pourquoi ce serait encore à refaire? Parce que ce sont deux métiers distincts. Une bannière recueille un choix; faire appliquer ce choix par tes tags relève de la mesure. La plupart des entreprises ont acheté le premier en croyant acheter les deux.
Le vrai test
La question à te poser n'est pas « est-ce que ma bannière est conforme ». C'est : si quelqu'un cliquait « Refuser » sur mon site aujourd'hui, qu'est-ce qui partirait quand même?
Si tu ne connais pas la réponse, personne dans ton organisation ne la connaît non plus.
C'est le premier point que je regarde dans mes mandats de mesure, parce que tout le reste en dépend : les enchères, les rapports, les décisions de budget. Un compte qui optimise sur un consentement fictif prend des décisions coûteuses avec beaucoup d'assurance. Si tu veux savoir où tu en es, écris-moi et on regarde ensemble ce qui part réellement de ton site.